Associations, institutions et ONG : les champions du webdocu.(partie1)

Journalistes et documentaristes ne sont pas les seuls à s’intéresser au webdocumentaire, de nombreux communicants choisissent de l’intégrer à leur stratégie de contenus. Les associations et les ONG affectionnent particulièrement ce format, ainsi voit on apparaître tout une pléthore de séries documentaires, de plateformes et autres films, plus ou moins réussis, riches et interactifs.

On se souvient de STARVED FOR ATTENTION, réalisé par Agence VII et URBAN SURVIVORS de l’agence NOOR images pour Médecin sans Frontières, À L’ABRI DE RIEN, réalisé par Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig pour la fondation Abbé Pierre. Plus récemment nous avons découvert le très beau FIHAVANANA issu d’un collectif d’associations dont Cœur et Conscience et réalisé par Damien Vernet et Minosoa Rabetrano. Mais qu’est ce qui pousse ce type d’organisations à investir plus que les autres dans le webdoc ? Quels sont leurs choix stratégiques pour sensibiliser le public à travers ce nouveau format?

Le webdocu, un choix stratégique et pratique pour les ONG.

Opter pour un webdoc est un choix plutôt judicieux pour les organisations associatives ou humanitaires, notamment par ce qu’il continue de « vivre » longtemps après sa mise en ligne. Dans une interview pour le blog documentaire, Claire Leproust, directrice du département numérique de l’agence CAPA dressait le bilan média du webdocu LA VIE À SAC :

“Nous dénombrons 200.000 visionnages pour les films, ce qui reste un très bon chiffre d’audience. Le fait de travailler avec Médecins du Monde et des partenaires comme Le Monde, Dailymotion ou France 5 a permis de rendre conciliable le plan média et le plan de financement. Le budget s’élève environ à 130.000 euros."

Moins onéreux que la publicité télé, le webdocu restera visible après la campagne et sera une source de médiatisation renouvelée à chaque prix qu’il remportera comme l’explique Yves Colin, le responsable de la communication Abbé Pierre. C’est donc un bon investissement financier. D’un point de vue humain, il facilite l’expression de la parole des bénéficiaires d’associations. Sur le plan technique, l’intégration de photographies et de bandes son permet de respecter la pudeur d’individus vivants ou ayants vécu des situations difficiles ou dégradantes. C’est aussi pour cela que ce moyen de communication a été choisi pour réaliser À L’ABRI DE RIEN.

Cette attitude vis à vis des personnes qui témoignent honore la Fondation Abbé Pierre, pour autant elle n’est pas légion, certains organisme basent justement leur stratégie de communication sur le pathos. Côté spectateur, l’accès par chapitre atténue alors le sentiment de malaise face à des récits parfois très durs. S’il nous est difficile d’entendre les témoignages, nous pouvons à tout moment choisir de quitter la vidéo en cours pour sélectionner un thème plus positif comme les actions menées à bien par l’ONG. Ce type d’emploi se prête parfaitement au storytelling, puisque qu’il s’agit de toucher le public à travers le récit de l’histoire de chaque individu.

L’interactivité n’est pas un gadget.

Elle est employée de manière réfléchie, en disséminant des documents pluri-médias que l’internaute consultera si il le désire, construisant ainsi son récit, mais elle ne sert pas de faire-valoir. Donner accès à de nombreux documents officiels et statistiques, c’est aussi autoriser une meilleure compréhension du contexte et renforcer la confiance du donateur potentiel.

L’emploi de l’interactivité n’est donc pas un gadget, elle n’est pas exploitée au maximum puisque dans la majeure partie des cas c’est la narrativité linéaire qui est retenue. On propose le plus souvent des épisodes ou des thèmes, mais les structures délinéarisées «en constellation » sont écartées  pour éviter par dessus tout que l’internaute, perdu, ne zappe vers une autre page.

Combiner storytelling et interactivité pour déclencher l’action.

L’objectif des associations et des ONG est avant tout de mettre en place une relation durable avec leurs donateurs. Pour preuve, le principe martelé selon lequel, mieux vaut donner peu mais régulièrement plutôt que donner une grosse somme de manière exceptionnelle.

Le webdocu d’auteur, même engagé, utilise l’interactivité pour impliquer, partager et provoquer la réflexion. Les ONG et associations y ajoutent une autre finalité : déclencher l’engagement concret et pérenne. L’objectif est d’informer l’internaute, de l’émouvoir pour créer une relation qui débouchera idéalement sur l’action. Ce peut être le partage de l’information vers sa communauté, la signature d’une pétition, l’engagement entant que bénévole, ou le don d’argent.

Le témoignage vidéo et les portraits sont à la base des contenus de communications de ces organisations car ils ont une fonction d’authentification et sont propices à l’empathie. Cela favorise la réaction et afin de l’automatiser, les boutons « partager », « donner » et « agir » quadrillent souvent ces vidéos.

L’interactivité au service de la viralité et de la relation avec l’auteur.

On engage le dialogue avec les internautes, comme la série documentaire THE INVISIBLES d’Amnesty qui invite à «Partager et discuter des films, commencer un débat et prendre position pour les droits de l’homme». Les tweets des internautes défilent juste à côté de cette mention, l’interactivité est donc mobilisée pour servir la viralité.

L’interactivité peut aussi être constructive, comme dans À L’ABRI DE RIEN, où l’on demande à l’internaute de faire part de ses idées pour lutter contre le mal logement. Elle valorise le spectateur : en l’interpellant directement, on l’invite à devenir acteur. On essaie donc d’éduquer l’internaute à ce nouveau mode de consultation. Cela bouleverse aussi la relation avec l’auteur du documentaire qui devient une personne accessible, à l’écoute. Répondre aux internautes devient alors crucial car cela montre que le dispositif est dynamique, et encourage l’enracinement de nouvelles habitudes. À quoi sert de mettre en place un dispositif interactif si personne ne le fait vivre?

Dans la seconde partie de cet article, il sera question de l’importance spécifique du storytelling et de l’usage du transmédias pour la communication des ONG et associations. Ce sera l’occasion d’étudier leurs différents choix de communication, tant du point de vue esthétique qu’éthique.

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: