Qu’est ce que le webdocumentaire?

J’emploie le terme « webdocu » car il me semble mieux approprié. Parler de »webdoc » risquerait de porter à confusion avec les documents web. Par ailleurs, il n’existe pas de modèle stabilisé de webdocu, aussi la présente tentative de définition ne prétend ni à la perfection, ni à l’exhaustivité.

Le genre documentaire

Le documentaire était jusqu’ici un genre cinématographique, télévisuel et plus rarement radiophonique. Il se distingue parfois difficilement du reportage qui “rapporte les faits” et se penche plus particulièrement sur leurs conséquences. En comparaison, le documentaire présentera les conséquences mais analysera surtout aux causes qui ont entraîné une situation, un problème particulier. L’objectif est idéalement de décortiquer, de démêler les relations et les liens complexes qui créent la problématique.

S’il traite du réel, le documentaire peut également “recouper certaines caractéristiques de la fiction, notamment via la reconstitution comme le docufiction ou à travers la réflexion en amont sur le sujet, qui peut donner lieu à un scénario plus ou moins élaboré.”[i], comme le rappelle Wikipédia.

Le sujet du documentaire n’est pas nécessairement en lien avec l’actualité, il s’agit généralement d’une problématique de fond. Afin de clore cette parenthèse sémantique, je reprends ici les propos à débattre d’une internaute sur l’excellent site WEBDOCU.fr[ii] : “Un documentaire est un film réalisé par un artiste-auteur. Un reportage est réalisé par des personnes salariées d’un média.”

Des appellations multiples

Il n’est pas facile de définir ce genre et la confusion s’installe dès le départ car on rencontre plusieurs termes pour le désigner. On parlera ainsi de webdoc, webdocu, narration interactive, récit interactif, récit multimédia, documentaire multimédia etc. Cette constatation révèle une réalité: ce genre, même s’il se stabilise n’a pas fini d’évoluer. Ce flou sémantique s’explique aussi par la difficulté qu’éprouve le spectateur à cerner ce nouveau format qui lui est encore étranger.

 Dans la jungle des nouveaux formats

Le webdocumentaire est loin d’être le seul nouveau genre apparu ces dernières années. On recense ainsi tout un florilège de dénominations: webreportages, portfolios sonores ou POM (Petite Oeuvre Multimédia/Petit Objet Multimédia), vidéographies, documents multimédias, web feuilletons, carte interactive.

 

UMUMALAYIKA  est une POM  produite par Hans Lucas pour le festival de Lucca en Italie et pour le GRIN, d’après le travail photographique de Martina Bacigalupo gagnante du Premio Ponchielli 2009. Réalisation image d’Antoine Ferrando et sonore d’Alice Guerlot-Kourouklis.

Antonyme de la pudeur est une vidéographie réalisée par Antoine Ferrando et Ulrich Lebeuf d’après une série d’Ulrich Lebeuf – Production par De Rolax.

 

À cela viennent s’ajouter les nouvelles productions qui entrent dans les stratégies de communication des marques telles les webséries, les webprogrammes les films publicitaires empruntant l’esthétique et les thématiques du documentaire. La visée est alors différente. Il ne s’agit plus vraiment de produire une analyse qui permettra aux citoyens que nous sommes de se forger un avis, relativement à un thème spécifique. L’objectif devient la valorisation de la marque à travers la diffusion d’un contenu “de qualité” variable.

On se gardera toutefois d’établir trop vite une classification tranchée, en témoigne le débat entre certains communiquants et journalistes vis à vis de l’appellation “webdocumentaire”. Ce sujet sera d’ailleurs traité dans un autre article. À signaler que les associations, les collectivités, les ONG, les ministères et même le Vatican utilisent le Webdocu pour communiquer.

L’interactivité pour offrir une nouvelle place au spectateur

On aura compris que le webdocumentaire s’attache à analyser une problématique et tend à proposer un contenu qualitatif. Le web, en autorisant une certaine interactivité, a fait évoluer le documentaire. On pourrait affirmer qu’il l’a libéré du formatage imposé par les médias traditionnels. Il permet désormais de réaliser des oeuvres plus longues, aux parcours narratifs délinéarisés, c’est à dire que l’on est plus contraint de suivre le récit selon un modèle unique. Plusieurs chemins narratifs s’offrent au spectateur qui devra choisir son parcours et ainsi “construire” l’histoire. C’est notamment pour cela que l‘on parle d’interactivité. L’internaute est également invité à choisir de cliquer ou non, sur des informations complémentaires savamment disséminées dans le parcours du webdocu.

L’interactivité de ce format, c’est aussi rendre possible une relation nouvelle avec le spectateur. Il peut ainsi commenter le wedboc, soit directement sur celui-ci, soit sur une page facebook, twitter, un blog ou une plateforme qui y sera consacrée. Il devient possible de poser des questions aux auteurs et même de chater en direct avec eux, ce qui révolutionne la relation spectateur/auteur.

Le format webdocu est résolument innovant cependant, la question du financement de ces projets viens tout de même limiter les possibles, puisque ce nouveau genre cherche encore son modèle économique.

La forme et le fond

Il n’existe pas de forme conventionnelle de webdocu, cette pluralité est déconcertante mais c’est aussi ce qui fait le plaisir du spectateur qui aura la “surprise” de découvrir et d’explorer l’oeuvre. Celle-ci pourra par exemple être composée de photographies défilant sur une création sonore, accompagnées de textes, de cartes interactives. Elle pourra plus classiquement proposer une vidéo. Dans la majorité des cas, elle consistera en une plateforme proposant divers éléments Richmédia. Le système de navigation caractérise bien souvent le webdocu, mais encore une fois, il n’y a pas de règle absolue en la matière. Certains auteurs choisissent de réaliser un récit linéaire, même si la tendance est plutôt à la délinéarisation.

Reste que si les auteurs innovent de par la forme, ils s’interrogent aussi sur la pertinence du système interactif en fonction du sujet de leur webdocu et du public cible. Le Graal n’est pas l’interactivité à tout prix, mais bien la pertinence de la forme, relativement au fond. L’optique reste donc inchangée par rapport à l’idéal du documentaire traditionnel: le fond doit servir la forme.

 


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