Peines d’enfants: Offrir un espace de liberté aux mineurs incarcérés du Rhône.

Après les centres renforcés, après les centres éducatifs fermés, la loi Perben de 2002 créait les E.P.M, établissements pénitentiaires pour mineurs de 13 à 18 ans. Les mineurs étaient auparavant incarcérés dans les centres pénitentiaires pour adultes. Décision fut prise de les placer dans des structures mieux adaptées afin qu’ils ne côtoient pas de détenus adultes. Cette mesure, vivement critiquée par l’opposition est aujourd’hui encore pointée du doigt par les associations. En ligne de mire, le manque de formation des éducateurs, la conception incohérente des locaux par rapport aux normes de sécurité, mais aussi la démarche.

Entre école et prison, des adolescents sans repères qui ne comprennent pas où ils sont.

L’idée d’allier prison et enseignement se voulait pédagogique. L’un des objectifs était de permettre aux jeunes de renouer avec une scolarité épanouissante, afin de leur offrir d’autres possibles, et leur permettre de se projeter dans l’avenir. Pourtant, il semble que ce concept ne fasse pas recette comme l’expliquait Hélène Renaudin, anciennement présidente de l’Union des Jeunes Avocats de Lyon :

Ils ne savent pas où ils sont : une école, un centre éducatif renforcé ou fermé, avec des règles applicables au milieu carcéral classique. Ceci génère une augmentation préoccupante du nombre de procédures disciplinaires pour des faits qui, en quartier mineurs classique, ne font pas toujours l’objet de poursuites. S’ensuivent des sanctions parfois très lourdes qui ne dissuadent pas les mineurs, bien au contraire. Alors c’est l’escalade… Cette confusion des genres provoque anxiété chez ces mineurs complètement déphasés et les conséquences peuvent conduire au pire.

Si le taux d’adolescents qui décrochent un diplôme au cours de leur séjour en E.P.M est élevé, les cas de violences le sont également. Certaines voix s’élèvent pour réclamer plus de fermeté envers « les délinquants » mais omettent curieusement d’évoquer les 72 tentatives de suicide sur 160 jeunes incarcérés mentionnées par la F.S.U (Fédération Syndicale Unitaire).

Vivre sa peine malgré tout.

Que l’on soit favorable ou non à ces structures, elles existent pour le moment. Il est donc dans l’intérêt des éducateurs et des pensionnaires aux prises avec cette réalité que le quotidien soit plus vivable. Dans ce contexte difficile, la société de production PETIT HOMME, en collaboration avec l’E.P.M du Rhône a mis en place des ateliers qui permettent à chaque adolescent de créer une P.O.M (voir l’article sur la définition du webdocu). L’ensemble de ces créations servira de base à l’élaboration du webdocu « PEINES D’ENFANT ».

On ne peut que saluer cette initiative qui, au delà de l’expression qu’elle rend possible, offre un espace de liberté aux adolescents. Certes, des activités leurs sont proposées dans le centre de rétention toutefois, mener à bien ce projet créatif leur permettra peut être d’échapper à leur rôle d’enfant à problèmes et de prendre conscience de leur potentiel créatif. Peines d’enfant n’est donc pas seulement un webdocu. On imagine que les échanges entre les jeunes et l’équipe de PETIT HOMME ont dû être riche d’enseignements et certainement chargés d’émotion.

Cela nous rappelle que les relations humaines tiennent une place centrale dans la réalisation des documentaires. Le webdocu favorise certainement ces échanges grâce à l’interactivité qu’il autorise. Cependant, les auteurs partageront toujours le travail d’observation pour définir qui seront les personnages de leur documentaire. De la même manière, les rencontres, les interviews nécessitent une curiosité et un intérêt pour les individus et pour ce qui les rend unique. Chaque projet devient alors une aventure humaine, particulièrement pour lorsqu’il s’agit de réaliser une série de portraits. Je vous invite d’ailleurs à découvrir les autres productions de PETIT HOMME qui tournent souvent autour des thèmes de la mémoire et du lien social.


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