Associations, institutions et ONG: les champions du webdocu (partie2)

Pourquoi raconter ensemble des histoires individuelles ?

L’utilisation de témoignages est une constante dans la communication des organisations humanitaires. On fait appel aux intervenant de terrain, médecins, responsables, bénévoles, comme aux bénéficiaires. Pour Lina Srivastava, il est plus efficace de recueillir le témoignage de « voies locales » car cela multiplie à la fois les points de vue, les perspectives et les canaux d’engagement, conférant ainsi plus de force au message d’ensemble, pas aux témoignages individuels bien sûr.

Replacer les bénéficiaires au centre du dispositif.

Faire appel à des voies locales c’est aussi une manière de développer des partenariats d’une part avec les associations locales, d’autre part avec les bénéficiaires. Ces derniers participeront activement à la conception de projets qui seront intégrés au dispositif de communication global. La boucle est alors bouclée puisque le dispositif de communication même devient un programme de développement durable. En parfaite adéquation avec le message, il performe ce qu’il prône.

On entre alors dans une logique nouvelle puisque les bénéficiaires deviennent acteurs du développement durable de leur localité. Certes, cela demande un investissement temporel et créatif plus coûteux, adopter cette démarche équivaut pourtant à préserver la dignité des bénéficiaires. Lina Srivastava, encore elle, disait en substance qu’elle n’aimait pas le slogan : « redonner une voie à ceux qui n’en ont pas », parce qu’ils ont des voix, seulement nous ne les écoutons pas. Elle faisait référence au manque de pertinence des démarches de certains donateurs, totalement en décalage avec le contexte culturel et social des bénéficiaires. Travailler de concert avec les populations, écouter leurs idées c’est enfin changer notre attitude.

Une très belle illustration de la collaboration avec les voix locales qui tient plus de l’action sociale que du programme humanitaire classique. Le projet est en cours de réalisation.

Le pathos ne fait pas avancer le changement social là où l’empathie y contribue.  

Le stroytelling semble être la solution pour toucher le publique, et pas seulement dans le monde de l’humanitaire. Les publicitaires, les marqueteurs et même les hommes politiques y recourent. Seulement il y a plusieurs façons de raconter une histoire, plusieurs angles d’approche. De la même manière qu’on connaît son auditoire, on détermine le sentiment que l’on veut susciter chez lui. Le storytelling ne se limite pas au témoignage vidéo mais celui-ci reste très exploité par les organisations humanitaires. On constate que certains organismes jouent plus que d’autre sur le pathos. C’est un parti prit qui fait débat et qui rappelle une période difficile de la communication humanitaire au cours des années 80, suite aux changements de législations:

« Efficaces et devenant financièrement stratégiques, ces méthodes sont parfois culpabilisantes, excessivement larmoyantes, recourant à des informations inexactes pour susciter la pitié et la compassion et faisant du don une sorte d’impératif catégorique. »

La communication des ONG humanitaires, Pascal Dauvin

Suite à cette période trouble, on établit une charte déontologique de l’humanitaire qui encadrent « les rapports avec les bénéficiaires de l’action ( respect de la dignité des personnes dans les opérations de communications, utilisation d’informations exactes sur leur situation) ». Des  controverses persistent néanmoins comme le dénonçait le documentaire « Dans la jungle de l’industrie caritative », programmé sur Arte. La manière de présenter les portraits et les témoignages des bénéficiaires n’est jamais neutre et fait partie de la stratégie de communication.

Interviewée par Stuart Mason Dambrot pour CriticalThought TV, Lina Srivastava affirmait que la pitié et la charité, contrairement à la compassion ne fait pas avancer le changement social. Cela parce que la pitié n’entraine pas l’identification, ce que permet l’empathie. La plateforme de témoignages 3GENERATIONS, consacrée à l’expression des survivants est un bon exemple de l’utilisation du storytelling pour susciter l’empathie. Le principe est de permettre aux survivants de génocides, de trafiques d’êtres humains, comme aux vétérans de guerre de témoigner librement à la fois pour se libérer et pour appeler à l’action. Reste que ce n’est qu’une des manière de raconter l’histoire des victimes, on aurait pu le faire à travers un webdocumentaire qui peut, grâce à la vision de l’auteur apporter une ambiance et une dimension artistique.

Le plaisir de se plonger dans un webdocumentaire d’auteur.

Ce que peut apporter le webdocu « d’auteur » c’est une ambiance, une vision poétique, une esthétique artistique et immersive. Dans À L’ABRI DE RIEN de Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig pour la fondation Abbé Pierre, la mise en scène, le son renforcent le message et apportent une autre émotion, bien loin du pathos. L’internaute voyage de l’intérieur dans le monde des bénéficiaires et reste imprégné par cette ambiance après le visionnage. L’interactivité introduit la thématique du jeu lorsque l’on explore l’interface.

Les plateformes webdocumentaires bénéficient aussi de ce format qui permet d’unifier les témoignages et autres informations autour d’une même ambiance. L’Art peut servir le changement social, le choix du webdocu  pour une communication autour de l’humain est donc une réponse cohérente, créative et sensible, qui donne d’emblée du plaisir au futurs donateurs. Je vous laisse comparer trois styles de projets pour un même thème : la situation en Haïti, avec SÉISME EN HAÏTI, REGARDS SUR  2 ANS D’ACTION pour la croix-rouge, LAKOU MIKIK et GOUDOUGOUDOU pour Radio France.

 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :