Activisme: Le futur sera transmédia ou ne sera pas.

Aux vues de la progression rapide des consultations vidéo sur tablettes et androïdes, il est aujourd’hui nécessaire pour les organisations de s’orienter vers des dispositifs cross médias afin d’accroître leur visibilité. Rappelons que le cross média consiste à décliner un concept sur plusieurs supports et médias.

C’est bien, mais on peut aller plus loin comme le prône depuis quelques années Lina Srivastava, consultante en stratégie transmédia pour les organisations de changements sociaux. Activiste de la première heure, elle plébiscite les plateformes transmédia qui permettent de conjuguer interactivité, participation et stoytelling.

Pour bien comprendre la force de ce type de dispositif, je reprends ici la définition éclairante que propose CultureCrossMédia :

«La communication transmedia fragmente une narration sur divers médias et propose ainsi une multiplicité de contenus. Les contenus ainsi créés doivent être en adéquation avec les spécificités du support/media sur lesquels ils sont diffusés.
Chaque contenu peut être compris indépendamment des autres et apporte un regard neuf sur l’histoire mais ils forment au final un tout cohérent.

De plus, les nombreux médias utilisés par la communication transmedia (télévision, web, print, téléphonie, radio, tablette, livre, etc.) offrent de multiples points d’entrée dans la narration au public et donc de multiples occasions de contacts avec la cible. En proposant de nombreux contenus et des supports très variés, la communication transmedia permet ainsi de toucher un large public et crée de véritables interactions d’un média à l’autre. »

Certains webdocu d’ONG sont déjà dans cette logique comme URBAN SURVIVORS pour Médecins sans frontières, il y a aussi le dispositif transmédia d’Amnesty International auquel Lina Srivastava a d’ailleurs collaboré. Il comprend le film de Marc Silver  WHO IS DAYANI CRISTAL ? sélectionné au festival de Sundance de 2013, ainsi que le film documentaire en quatres parties THE INVISIBLES de Marc Silver et Gael Garcia Bernal. L’ensemble est une campagne d’Amnesty sur la condition des migrants d’Amérique Centrale qui tentent d’atteindre les États Unis et sont victimes des pires agressions lors de leur passage au Mexique.

À l’arrivée, ces exemples sont intéressants mais il y a un projet remarquable en cours de réalisation qui va plus  loin et dont j’ai envie de vous parler. Il s’agit de AWRA AMBA. Ce documentaire interactif de Paulina Tervo et Serdar Ferit est produit par Write This Down production, voice le teaser:

AWRA AMBA traite du changement social, de l’égalité des droits et de la différence. C’est le récit d’une communauté éthiopienne qui a décidé de changer ses mœurs, révolutionnant la pratique des traditions ancestrales, dans le but d’accéder à une meilleure qualité de vie. Ses créateurs ont choisi de le présenter en tant que « documentaire interactif », ce qui a le mérite de faire comprendre de suite à l’internaute l’intérêt qu’il peut y trouver. Ce mot appel l’idée du jeu, de l’action, de quelque chose qui « répond » lorsque le terme transmédia n’évoque rien de bien clair pour la plus part des gens.

Se servir du transmédia et d’une interactivité à 360° qui rappelle le jeu vidéo.

Ce projet expérimental dont vous pouvez consulter l’avancée ici, sera constitué d’un webdocumentaire, d’une plateforme participative de discussion « cross language » et d’une entreprise sociale. Il y aura également une page Facebook, un blog et le projet sera présenté sur les sites des organismes partenaires, à signaler que le webdocu est disponible sur tablette. On a maximisé les points d’entrée pour les internautes et optimiser la visibilité.

awra amba

Initier l’engagement dans l’interface, comme sur le plan humain.

Niveau interactivité, la technologie WIRE WAX permet lorsque l’on consulte les vidéos, de cliquer sur les huttes des habitants pour y « entrer », sur les objets pour accéder à des informations, et même sur les villageois afin d’accéder à leur l’interview. La vision en 360° et donne emprunte les codes du jeu vidéo, dans lequel l’internaute doit s’orienter et faire son chemin dans le village.

L’interactivité est requise dans ce genre de projet car elle doit impliquer les internautes afin qu’il agissent, et pas seulement sur les réseaux sociaux. Les lettres du logo AWRA AMBA figurent des pelotes de laines de couleur parce que les discussions « en live » qui auront lieu sur la plateforme chaque semaine formeront un schéma de points visualisable à tout moment. Ce schéma servira le modèle pour réaliser une étole filée à la main par les femmes du village. Cette co-création des villageois et des internautes sera le premier produit de l’entreprise de commerce équitable de la communauté et sera disponible à la vente en ligne. On veut que les internautes aient le sentiment d’avoir construit ensemble pour qu’ils achètent leur premier produit issu du commerce équitable…et si possible pas le dernier. On souhaite qu’ils aient le sentiment que ce projet est un peu le leur. Le concept de communauté est au centre du projet.

Optimiser le dialogue d’une communauté: La tour de Babel.

Afin d’impliquer un maximum de participants, les contributions de la discussion en ligne sont traduites en 10 langues. Un thème et une discussion seront lancés au début de chaque semaine – pour un total de 10 semaines – sur la plateforme, les réseaux sociaux et les sur partenaires du projet. Les internautes pourront échanger sur la philosophie de la communauté, réfléchir ensemble aux manières de mettre des incitatives de changement social etc.

Peut on imaginer qu’à l’avenir un grand nombre de webdocu ou de plateformes webdocumentaire réalisées par des journalistes ou des activistes fonctionnent sur ce modèle ?

Le modèle AWRA AMBA est un peu particulier, ce n’est ni un documentaire journalistique, ni un projet humanitaire classique. Il s’agit d’agir pour promouvoir le commerce équitable et le changement social en médiatisant une histoire qui pourrait inspirer d’autres communautés, d’autres initiatives. Le budget et les moyens humains déployés sont conséquents, les partenaires nombreux, un tel projet n’est donc pas à la portée de toutes les organisations. Cela ferait par ailleurs basculer les documentaristes et journalistes dans l’activisme. Certes, un bon nombre d’entre eux réalisent des documentaires engagés, pour autant peut on leur demander d’acquérir encore et toujours de nouvelles compétences, parfois très éloignées de leur métier d’origine.

Le type d’initiatives qui ont porté les projets 18 DAYS IN EGYPT co-créé par Jigar Mehta and Yasmin Elaya ou IRANIAN STORIES ne pourrait il pas entrer dans une logique d’action similaire à celle d’AWRA AMBA ? En France, la plateforme VIOL LES VOIX DU SILENCE lancée par France Télévision, en partenariat avec Le Nouvel Observateur faisait écho à un manifeste signé par des personnalités afin d’attirer l’attention du grand publique sur le nombre de viols jamais déclaré par les victimes. Avec cet exemple, on imagine assez bien que de plus en plus d’actions sociales dont le but est d’impliquer puis de faire agir adoptent un modèle transmédia et participatif. Le webdocumentaire que contiendrait ce type de dispositif prendrait certainement la forme spécifique de témoignages et vidéos envoyées par les internautes pour la plus part, comme dans 18DAYS IN EGYPT. Peut t’on imaginer des webdocu fait par des citoyens engagés ? Il serait intéressant de se pencher sur la place et les choix du journaliste dans ce type de webdoc.

Pour ce qui est des organisations humanitaires, il semble que ce modèle soit voué à se banaliser, chez celles qui ont le plus de revenus tout du moins. Certaines entreprises peuvent valoriser leur image en devenant partenaires, comme pour AWRA AMBA: le projet et le thème de la discussion seront présenté sur leur cite web chaque semaine.

 


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