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ICI, CHEZ SOI : Le coût d’un SDF pour la société.

Combien coûte une personne « itinérante chronique » et soumise à des troubles mentaux pour la société? Cette question vous choque sans doute, pourtant, l’itinérance a un coût, lorsque les trajets en ambulance s’additionnent aux soins médicaux, à la prise en charge en établissement carcéral ou en refuge, la note finale est conséquente.

CHEZ SOI

Militer pour une autre prise en charge: la solution « House First ».

Lorsqu’en novembre 2007 l’ONU somme le Canada de réagir face au nombre très élevé d’itinérants atteints de problèmes mentaux ou d’addictions, la commission de la santé mentale décide de réaliser une vaste étude sur le sujet. L’objectif est d’établir le coût de l’itinérance et de le comparer à celui de solutions alternatives, notamment la « house first » du docteur Sam Tsemberis. Celle-ci consiste à « renverser » le problème en attribuant des logements aux sans abris afin que cette stabilité relative mais néanmoins cruciale leur permettre de traiter leur problèmes de santé mentale et de consommation. Au lieu d’essayer de changer la vie des individus afin qu’ils puissent quitter la rue, on leur permet d’accéder à un logement pour qu’ils puissent changer leur vie.

Des chercheurs, des réalisateurs et des « clients ».

Afin de sensibiliser le grand public à la question de l’itinérance, la commission de la santé mentale du Canada s’est associé à l’Office National du Film. Plusieurs réalisateurs sont actuellement sur le terrain et produiront à terme 50 courts métrages dans 5 métropoles canadiennes.

Les réseaux sociaux doivent médiatiser l’étude – et pourquoi pas provoquer un débat national – alors que le blog du webdocu permet de mieux comprendre la problématique. On appréciera l’accès aux interviews des réalisateurs, à leurs questionnements, leurs préoccupations quand à leur travail sur ce webdocu.

Un sujet qui se prête à la mise en forme de datas.

L’utilisation des datas sert la compréhension de la situation en faisant défiler des statistiques sur les itinérants ayant participé au projet. Pour la seule ville de Winnipeg, 48 % des personnes ayant participé à l’étude ont grandi en maison d’accueil; 50 % ont subi une agression dans les derniers mois 6 mois et 40% un vol. Au cours de cette même période, 80% ont subi un traumatisme crânien. C’est assez parlant non? Pour nous laisser imaginer les conditions de vie dans la rue, on voit s’afficher la température extérieure dans la ville, juste à côté du nombre de participant logés et non logés. Et oui car il faut bien qu’il y ait un groupe « témoin » qui sera observé dans son milieu « habituel », des itinérants qui auront été retenus pour « l’expérience » et qui seront la référence pour mesurer l’efficacité de la solution House First . Celle-ci se déroulera pour eux dans la rue, où les chercheurs devront les suivre régulièrement.

Éthique et politique.

Je vous avoue que l’idée d’évaluer le coup d’un sans domicile fixe m’a profondément dérangée au premier abord. On aurait pourtant tort de considérer les chercheurs qui réalisent cette étude comme des êtres froidement indifférents à la condition des itinérants dont ils suivent le chemin. Le sentiment de malaise que j’ai ressenti lors des premières secondes de découverte de l’interface, en voyant les statistiques et les information sur le prix d’une nuitée à l’hôpital, en prison, ou chez soi s’est vite dissipé. Les interviews des  chercheurs, bénéficiaires du programme, médecins ou intervenants sociaux donnent  souvent l’impression d’être filmée « par le trou de la serrure ». Après avoir consulté un bon nombre de portraits réalisés pour le compte d’ONG ces derniers jours, j’ai été touchée par cette impression d’intimité et de naturel pourtant travaillé. La musique poétique de ICI, CHEZ SOI m’a imprégné, ses multiples petites bulles de couleurs, se balançant sans cesse, reliés aux villes par de minces fils comme autant de destins, d’itinérances. Peut être est-ce le sujet. J’aimerais bien connaître votre ressenti personnel, j’espère que vous irez y jeter un coup d’œil, et peut être plus.

L’étude prendra fin le 31mars 2013, on aimerai connaître ses résultats et voir les mesures qui seront prises par le gouvernement canadien. De mon point de vue l’objectif de ICI, CHEZ SOI est presque atteint, vulgariser une étude scientifique et sensibiliser les citoyens à une problématique qui nous touche tous finalement. À nous de médiatiser l’information et de nous faire une opinion.


Activisme: Le futur sera transmédia ou ne sera pas.

Aux vues de la progression rapide des consultations vidéo sur tablettes et androïdes, il est aujourd’hui nécessaire pour les organisations de s’orienter vers des dispositifs cross médias afin d’accroître leur visibilité. Rappelons que le cross média consiste à décliner un concept sur plusieurs supports et médias.

C’est bien, mais on peut aller plus loin comme le prône depuis quelques années Lina Srivastava, consultante en stratégie transmédia pour les organisations de changements sociaux. Activiste de la première heure, elle plébiscite les plateformes transmédia qui permettent de conjuguer interactivité, participation et stoytelling.

Pour bien comprendre la force de ce type de dispositif, je reprends ici la définition éclairante que propose CultureCrossMédia :

«La communication transmedia fragmente une narration sur divers médias et propose ainsi une multiplicité de contenus. Les contenus ainsi créés doivent être en adéquation avec les spécificités du support/media sur lesquels ils sont diffusés.
Chaque contenu peut être compris indépendamment des autres et apporte un regard neuf sur l’histoire mais ils forment au final un tout cohérent.

De plus, les nombreux médias utilisés par la communication transmedia (télévision, web, print, téléphonie, radio, tablette, livre, etc.) offrent de multiples points d’entrée dans la narration au public et donc de multiples occasions de contacts avec la cible. En proposant de nombreux contenus et des supports très variés, la communication transmedia permet ainsi de toucher un large public et crée de véritables interactions d’un média à l’autre. »

Certains webdocu d’ONG sont déjà dans cette logique comme URBAN SURVIVORS pour Médecins sans frontières, il y a aussi le dispositif transmédia d’Amnesty International auquel Lina Srivastava a d’ailleurs collaboré. Il comprend le film de Marc Silver  WHO IS DAYANI CRISTAL ? sélectionné au festival de Sundance de 2013, ainsi que le film documentaire en quatres parties THE INVISIBLES de Marc Silver et Gael Garcia Bernal. L’ensemble est une campagne d’Amnesty sur la condition des migrants d’Amérique Centrale qui tentent d’atteindre les États Unis et sont victimes des pires agressions lors de leur passage au Mexique.

À l’arrivée, ces exemples sont intéressants mais il y a un projet remarquable en cours de réalisation qui va plus  loin et dont j’ai envie de vous parler. Il s’agit de AWRA AMBA. Ce documentaire interactif de Paulina Tervo et Serdar Ferit est produit par Write This Down production, voice le teaser:

AWRA AMBA traite du changement social, de l’égalité des droits et de la différence. C’est le récit d’une communauté éthiopienne qui a décidé de changer ses mœurs, révolutionnant la pratique des traditions ancestrales, dans le but d’accéder à une meilleure qualité de vie. Ses créateurs ont choisi de le présenter en tant que « documentaire interactif », ce qui a le mérite de faire comprendre de suite à l’internaute l’intérêt qu’il peut y trouver. Ce mot appel l’idée du jeu, de l’action, de quelque chose qui « répond » lorsque le terme transmédia n’évoque rien de bien clair pour la plus part des gens.

Se servir du transmédia et d’une interactivité à 360° qui rappelle le jeu vidéo.

Ce projet expérimental dont vous pouvez consulter l’avancée ici, sera constitué d’un webdocumentaire, d’une plateforme participative de discussion « cross language » et d’une entreprise sociale. Il y aura également une page Facebook, un blog et le projet sera présenté sur les sites des organismes partenaires, à signaler que le webdocu est disponible sur tablette. On a maximisé les points d’entrée pour les internautes et optimiser la visibilité.

awra amba

Initier l’engagement dans l’interface, comme sur le plan humain.

Niveau interactivité, la technologie WIRE WAX permet lorsque l’on consulte les vidéos, de cliquer sur les huttes des habitants pour y « entrer », sur les objets pour accéder à des informations, et même sur les villageois afin d’accéder à leur l’interview. La vision en 360° et donne emprunte les codes du jeu vidéo, dans lequel l’internaute doit s’orienter et faire son chemin dans le village.

L’interactivité est requise dans ce genre de projet car elle doit impliquer les internautes afin qu’il agissent, et pas seulement sur les réseaux sociaux. Les lettres du logo AWRA AMBA figurent des pelotes de laines de couleur parce que les discussions « en live » qui auront lieu sur la plateforme chaque semaine formeront un schéma de points visualisable à tout moment. Ce schéma servira le modèle pour réaliser une étole filée à la main par les femmes du village. Cette co-création des villageois et des internautes sera le premier produit de l’entreprise de commerce équitable de la communauté et sera disponible à la vente en ligne. On veut que les internautes aient le sentiment d’avoir construit ensemble pour qu’ils achètent leur premier produit issu du commerce équitable…et si possible pas le dernier. On souhaite qu’ils aient le sentiment que ce projet est un peu le leur. Le concept de communauté est au centre du projet.

Optimiser le dialogue d’une communauté: La tour de Babel.

Afin d’impliquer un maximum de participants, les contributions de la discussion en ligne sont traduites en 10 langues. Un thème et une discussion seront lancés au début de chaque semaine – pour un total de 10 semaines – sur la plateforme, les réseaux sociaux et les sur partenaires du projet. Les internautes pourront échanger sur la philosophie de la communauté, réfléchir ensemble aux manières de mettre des incitatives de changement social etc.

Peut on imaginer qu’à l’avenir un grand nombre de webdocu ou de plateformes webdocumentaire réalisées par des journalistes ou des activistes fonctionnent sur ce modèle ?

Le modèle AWRA AMBA est un peu particulier, ce n’est ni un documentaire journalistique, ni un projet humanitaire classique. Il s’agit d’agir pour promouvoir le commerce équitable et le changement social en médiatisant une histoire qui pourrait inspirer d’autres communautés, d’autres initiatives. Le budget et les moyens humains déployés sont conséquents, les partenaires nombreux, un tel projet n’est donc pas à la portée de toutes les organisations. Cela ferait par ailleurs basculer les documentaristes et journalistes dans l’activisme. Certes, un bon nombre d’entre eux réalisent des documentaires engagés, pour autant peut on leur demander d’acquérir encore et toujours de nouvelles compétences, parfois très éloignées de leur métier d’origine.

Le type d’initiatives qui ont porté les projets 18 DAYS IN EGYPT co-créé par Jigar Mehta and Yasmin Elaya ou IRANIAN STORIES ne pourrait il pas entrer dans une logique d’action similaire à celle d’AWRA AMBA ? En France, la plateforme VIOL LES VOIX DU SILENCE lancée par France Télévision, en partenariat avec Le Nouvel Observateur faisait écho à un manifeste signé par des personnalités afin d’attirer l’attention du grand publique sur le nombre de viols jamais déclaré par les victimes. Avec cet exemple, on imagine assez bien que de plus en plus d’actions sociales dont le but est d’impliquer puis de faire agir adoptent un modèle transmédia et participatif. Le webdocumentaire que contiendrait ce type de dispositif prendrait certainement la forme spécifique de témoignages et vidéos envoyées par les internautes pour la plus part, comme dans 18DAYS IN EGYPT. Peut t’on imaginer des webdocu fait par des citoyens engagés ? Il serait intéressant de se pencher sur la place et les choix du journaliste dans ce type de webdoc.

Pour ce qui est des organisations humanitaires, il semble que ce modèle soit voué à se banaliser, chez celles qui ont le plus de revenus tout du moins. Certaines entreprises peuvent valoriser leur image en devenant partenaires, comme pour AWRA AMBA: le projet et le thème de la discussion seront présenté sur leur cite web chaque semaine.

 


Associations, institutions et ONG: les champions du webdocu (partie2)

Pourquoi raconter ensemble des histoires individuelles ?

L’utilisation de témoignages est une constante dans la communication des organisations humanitaires. On fait appel aux intervenant de terrain, médecins, responsables, bénévoles, comme aux bénéficiaires. Pour Lina Srivastava, il est plus efficace de recueillir le témoignage de « voies locales » car cela multiplie à la fois les points de vue, les perspectives et les canaux d’engagement, conférant ainsi plus de force au message d’ensemble, pas aux témoignages individuels bien sûr.

Replacer les bénéficiaires au centre du dispositif.

Faire appel à des voies locales c’est aussi une manière de développer des partenariats d’une part avec les associations locales, d’autre part avec les bénéficiaires. Ces derniers participeront activement à la conception de projets qui seront intégrés au dispositif de communication global. La boucle est alors bouclée puisque le dispositif de communication même devient un programme de développement durable. En parfaite adéquation avec le message, il performe ce qu’il prône.

On entre alors dans une logique nouvelle puisque les bénéficiaires deviennent acteurs du développement durable de leur localité. Certes, cela demande un investissement temporel et créatif plus coûteux, adopter cette démarche équivaut pourtant à préserver la dignité des bénéficiaires. Lina Srivastava, encore elle, disait en substance qu’elle n’aimait pas le slogan : « redonner une voie à ceux qui n’en ont pas », parce qu’ils ont des voix, seulement nous ne les écoutons pas. Elle faisait référence au manque de pertinence des démarches de certains donateurs, totalement en décalage avec le contexte culturel et social des bénéficiaires. Travailler de concert avec les populations, écouter leurs idées c’est enfin changer notre attitude.

Une très belle illustration de la collaboration avec les voix locales qui tient plus de l’action sociale que du programme humanitaire classique. Le projet est en cours de réalisation.

Le pathos ne fait pas avancer le changement social là où l’empathie y contribue.  

Le stroytelling semble être la solution pour toucher le publique, et pas seulement dans le monde de l’humanitaire. Les publicitaires, les marqueteurs et même les hommes politiques y recourent. Seulement il y a plusieurs façons de raconter une histoire, plusieurs angles d’approche. De la même manière qu’on connaît son auditoire, on détermine le sentiment que l’on veut susciter chez lui. Le storytelling ne se limite pas au témoignage vidéo mais celui-ci reste très exploité par les organisations humanitaires. On constate que certains organismes jouent plus que d’autre sur le pathos. C’est un parti prit qui fait débat et qui rappelle une période difficile de la communication humanitaire au cours des années 80, suite aux changements de législations:

« Efficaces et devenant financièrement stratégiques, ces méthodes sont parfois culpabilisantes, excessivement larmoyantes, recourant à des informations inexactes pour susciter la pitié et la compassion et faisant du don une sorte d’impératif catégorique. »

La communication des ONG humanitaires, Pascal Dauvin

Suite à cette période trouble, on établit une charte déontologique de l’humanitaire qui encadrent « les rapports avec les bénéficiaires de l’action ( respect de la dignité des personnes dans les opérations de communications, utilisation d’informations exactes sur leur situation) ». Des  controverses persistent néanmoins comme le dénonçait le documentaire « Dans la jungle de l’industrie caritative », programmé sur Arte. La manière de présenter les portraits et les témoignages des bénéficiaires n’est jamais neutre et fait partie de la stratégie de communication.

Interviewée par Stuart Mason Dambrot pour CriticalThought TV, Lina Srivastava affirmait que la pitié et la charité, contrairement à la compassion ne fait pas avancer le changement social. Cela parce que la pitié n’entraine pas l’identification, ce que permet l’empathie. La plateforme de témoignages 3GENERATIONS, consacrée à l’expression des survivants est un bon exemple de l’utilisation du storytelling pour susciter l’empathie. Le principe est de permettre aux survivants de génocides, de trafiques d’êtres humains, comme aux vétérans de guerre de témoigner librement à la fois pour se libérer et pour appeler à l’action. Reste que ce n’est qu’une des manière de raconter l’histoire des victimes, on aurait pu le faire à travers un webdocumentaire qui peut, grâce à la vision de l’auteur apporter une ambiance et une dimension artistique.

Le plaisir de se plonger dans un webdocumentaire d’auteur.

Ce que peut apporter le webdocu « d’auteur » c’est une ambiance, une vision poétique, une esthétique artistique et immersive. Dans À L’ABRI DE RIEN de Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig pour la fondation Abbé Pierre, la mise en scène, le son renforcent le message et apportent une autre émotion, bien loin du pathos. L’internaute voyage de l’intérieur dans le monde des bénéficiaires et reste imprégné par cette ambiance après le visionnage. L’interactivité introduit la thématique du jeu lorsque l’on explore l’interface.

Les plateformes webdocumentaires bénéficient aussi de ce format qui permet d’unifier les témoignages et autres informations autour d’une même ambiance. L’Art peut servir le changement social, le choix du webdocu  pour une communication autour de l’humain est donc une réponse cohérente, créative et sensible, qui donne d’emblée du plaisir au futurs donateurs. Je vous laisse comparer trois styles de projets pour un même thème : la situation en Haïti, avec SÉISME EN HAÏTI, REGARDS SUR  2 ANS D’ACTION pour la croix-rouge, LAKOU MIKIK et GOUDOUGOUDOU pour Radio France.

 


Associations, institutions et ONG : les champions du webdocu.(partie1)

Journalistes et documentaristes ne sont pas les seuls à s’intéresser au webdocumentaire, de nombreux communicants choisissent de l’intégrer à leur stratégie de contenus. Les associations et les ONG affectionnent particulièrement ce format, ainsi voit on apparaître tout une pléthore de séries documentaires, de plateformes et autres films, plus ou moins réussis, riches et interactifs.

On se souvient de STARVED FOR ATTENTION, réalisé par Agence VII et URBAN SURVIVORS de l’agence NOOR images pour Médecin sans Frontières, À L’ABRI DE RIEN, réalisé par Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig pour la fondation Abbé Pierre. Plus récemment nous avons découvert le très beau FIHAVANANA issu d’un collectif d’associations dont Cœur et Conscience et réalisé par Damien Vernet et Minosoa Rabetrano. Mais qu’est ce qui pousse ce type d’organisations à investir plus que les autres dans le webdoc ? Quels sont leurs choix stratégiques pour sensibiliser le public à travers ce nouveau format?

Le webdocu, un choix stratégique et pratique pour les ONG.

Opter pour un webdoc est un choix plutôt judicieux pour les organisations associatives ou humanitaires, notamment par ce qu’il continue de « vivre » longtemps après sa mise en ligne. Dans une interview pour le blog documentaire, Claire Leproust, directrice du département numérique de l’agence CAPA dressait le bilan média du webdocu LA VIE À SAC :

“Nous dénombrons 200.000 visionnages pour les films, ce qui reste un très bon chiffre d’audience. Le fait de travailler avec Médecins du Monde et des partenaires comme Le Monde, Dailymotion ou France 5 a permis de rendre conciliable le plan média et le plan de financement. Le budget s’élève environ à 130.000 euros. »

Moins onéreux que la publicité télé, le webdocu restera visible après la campagne et sera une source de médiatisation renouvelée à chaque prix qu’il remportera comme l’explique Yves Colin, le responsable de la communication Abbé Pierre. C’est donc un bon investissement financier. D’un point de vue humain, il facilite l’expression de la parole des bénéficiaires d’associations. Sur le plan technique, l’intégration de photographies et de bandes son permet de respecter la pudeur d’individus vivants ou ayants vécu des situations difficiles ou dégradantes. C’est aussi pour cela que ce moyen de communication a été choisi pour réaliser À L’ABRI DE RIEN.

Cette attitude vis à vis des personnes qui témoignent honore la Fondation Abbé Pierre, pour autant elle n’est pas légion, certains organisme basent justement leur stratégie de communication sur le pathos. Côté spectateur, l’accès par chapitre atténue alors le sentiment de malaise face à des récits parfois très durs. S’il nous est difficile d’entendre les témoignages, nous pouvons à tout moment choisir de quitter la vidéo en cours pour sélectionner un thème plus positif comme les actions menées à bien par l’ONG. Ce type d’emploi se prête parfaitement au storytelling, puisque qu’il s’agit de toucher le public à travers le récit de l’histoire de chaque individu.

L’interactivité n’est pas un gadget.

Elle est employée de manière réfléchie, en disséminant des documents pluri-médias que l’internaute consultera si il le désire, construisant ainsi son récit, mais elle ne sert pas de faire-valoir. Donner accès à de nombreux documents officiels et statistiques, c’est aussi autoriser une meilleure compréhension du contexte et renforcer la confiance du donateur potentiel.

L’emploi de l’interactivité n’est donc pas un gadget, elle n’est pas exploitée au maximum puisque dans la majeure partie des cas c’est la narrativité linéaire qui est retenue. On propose le plus souvent des épisodes ou des thèmes, mais les structures délinéarisées «en constellation » sont écartées  pour éviter par dessus tout que l’internaute, perdu, ne zappe vers une autre page.

Combiner storytelling et interactivité pour déclencher l’action.

L’objectif des associations et des ONG est avant tout de mettre en place une relation durable avec leurs donateurs. Pour preuve, le principe martelé selon lequel, mieux vaut donner peu mais régulièrement plutôt que donner une grosse somme de manière exceptionnelle.

Le webdocu d’auteur, même engagé, utilise l’interactivité pour impliquer, partager et provoquer la réflexion. Les ONG et associations y ajoutent une autre finalité : déclencher l’engagement concret et pérenne. L’objectif est d’informer l’internaute, de l’émouvoir pour créer une relation qui débouchera idéalement sur l’action. Ce peut être le partage de l’information vers sa communauté, la signature d’une pétition, l’engagement entant que bénévole, ou le don d’argent.

Le témoignage vidéo et les portraits sont à la base des contenus de communications de ces organisations car ils ont une fonction d’authentification et sont propices à l’empathie. Cela favorise la réaction et afin de l’automatiser, les boutons « partager », « donner » et « agir » quadrillent souvent ces vidéos.

L’interactivité au service de la viralité et de la relation avec l’auteur.

On engage le dialogue avec les internautes, comme la série documentaire THE INVISIBLES d’Amnesty qui invite à «Partager et discuter des films, commencer un débat et prendre position pour les droits de l’homme». Les tweets des internautes défilent juste à côté de cette mention, l’interactivité est donc mobilisée pour servir la viralité.

L’interactivité peut aussi être constructive, comme dans À L’ABRI DE RIEN, où l’on demande à l’internaute de faire part de ses idées pour lutter contre le mal logement. Elle valorise le spectateur : en l’interpellant directement, on l’invite à devenir acteur. On essaie donc d’éduquer l’internaute à ce nouveau mode de consultation. Cela bouleverse aussi la relation avec l’auteur du documentaire qui devient une personne accessible, à l’écoute. Répondre aux internautes devient alors crucial car cela montre que le dispositif est dynamique, et encourage l’enracinement de nouvelles habitudes. À quoi sert de mettre en place un dispositif interactif si personne ne le fait vivre?

Dans la seconde partie de cet article, il sera question de l’importance spécifique du storytelling et de l’usage du transmédias pour la communication des ONG et associations. Ce sera l’occasion d’étudier leurs différents choix de communication, tant du point de vue esthétique qu’éthique.


When I walk : diary Webdoc ou diary interactive documentary ?

Que feriez vous si à 26 ans on vous annonçait que vous avez une sclérose en plaques ? Jason DaSilva, auteur, réalisateur et producteur de documentaires a décidé de partager son expérience personnelle en tenant un webjournal. L’idée est simple, filmer de courtes séquences de sa vie quotidienne, les poster sur youtube et sur un blog : WhenIWalk.com.

Voici le Trailer du film de JASON DASILVA produit par INTHEFACE:

Un journal pour montrer que la vie continue.

L’objectif, au delà du témoignage, est d’apporter du soutient aux porteur de cette maladie et à leurs famille. Filmer son quotidien lui permet de montrer concrètement la vie après la maladie, mais c’est surtout une manière de montrer que la vie continue. Jason DaSilva explique sa démarche :

 On m’a diagnostiqué une sclérose en plaques en 2005 à l’âge de vingt six ans . Tout au long de ces dernières années, ma capacité à marcher s’est lentement dégradée et ma vue baisse. “Quand je marche” est un long –métrage documentaire sur la matière dont mon propre monde – mes espoirs, rêves, et peurs –  a changé alors que j’apprends à vivre avec la sclérose en plaques, à comprendre la nature des troubles neurologiques, et que j’explore les options, à la fois de la médecine traditionnelle et alternative, concernant les traitements qui sont disponibles actuellement”.

Interpeller la société.

Jason DaSilva attire notre attention sur le manque d’accès adaptés aux handicapés et soutient l’association We Keep Mooving en réalisant une série d’interviews de personnes atteintes par la maladie.

Partager avec une communauté sur le Web.

Comme le montre la vidéo ci-dessus, les contenus postés par Jason sur Youtube et sur son blog invitent volontairement au débat et cela fonctionne. Tout est prévu pour que l’internaute puisse commenter puis partager rapidement les vidéos sur les réseaux sociaux,  il est donc interactif mais WhenIWalk est t’il un documentaire participatif ? Pas directement car le spectateur ne peux librement afficher ses contenus, il est invité à réagir mais il n’y a aucun espace prévu pour accueillir les vidéos d’internautes. L’auteur a tout de même souhaité établir un dialogue et connaître nos impressions puisqu’il invite à le contacter sur Facebook. Ces échanges entre Jason DaSilva et les internautes tout au long du projet ont certainement influés sur le contenu du documentaire.

Un journal pour nous inviter à un suivit quotidien.

Les vidéos sont postées sur le blog et Youtube suivant un ordre chronologique plutôt que thématique. Certes, l’internaute peut les consulter de manière non linéaire, cependant, ce mode d’archivage n’y est pas propice. Le documentaire tiré des vidéos obéit quand à lui à une progression narrative linéaire, probablement afin de pousser l’internaute à suive dans la durée l’impact de la maladie sur la vie de Jason. Dans cet optique, l’auteur a préféré poster quotidiennement des vidéos brèves, ce qui pousse l’internaute à établir un « rituel quotidien »: visionner, commenter puis partager la vidéo du jour. Une relation et une habitude de consultation s’installe alors.

Le documentaire tiré du journal est sélectionné pour le Sundance festival  qui débutera le 17 janvier 2013.

Jason DaSilva qualifie lui même WhenIWalk de « film documentaire » et parle du blog du « film »,  il n’a donc pas la volonté d’être perçu comme un webdocumentaire. Cette manière de mettre en ligne des vidéos qui permettront de construire le documentaire est aussi celle de deux autres Webdocu : Collaboratives Cities et Détroit je t’aime. Toutefois, contrairement à ces deux autres projets en cours de réalisation, WhenIWalk propose le documentaire complet uniquement au cinéma, pas de version Web pour le moment.

À l’arrivée, le projet est un message d’espoir car plus que l’évolution de la maladie, il révèle l’évolution de son porteur et montre qu’il est possible, après le choc de l’annonce, d’avoir des surprises, de connaître la joie et de continuer à être soi.

 


Duchoramas: Un webdocu pour valoriser le territoire et créer du lien social.

L’histoire commence autour d’un quartier de Lyon: la Duchère. Le collectif THE WOMPS nous invite à suivre la mutation de ce quartier en restructuration et nous fait partager le point de vue et les sentiments des habitants.

Vous pouvez visionner DUCHORAMAS sur le site du Progrès. Ce webdocumentaire a été réalisé par Marie Gross, Elisabeth Rull, Nadia Berg, Thomas Merland, Julie Pichard et Tristan Castella. Il a bénéficié du soutient de la Ville de Lyon, de la Région Rhône Alpes, de la DRAC Rhône Alpes et du Ministère de la Culture et de la Communication.

À l’origine, le besoin de médiation sociale.

La vie en Zone d’Éducation Prioritaire (Z.E.P) est parfois comparable à celle d’un village. Dans le quartier, tout se sait. Les habitants ont traversé ensemble des moments difficiles. Des liens se sont créés, une histoire et des mythes sont partagés par la population qui même si elle plébiscite le plan de rénovation urbaine, ne peut s’empêcher d’appréhender les changements à venir.

Et pour cause, l’environnement urbain est chargé de souvenirs, c’est aussi un repère pour les habitants qui craignent de voir leur environnement social se désagréger avec la restructuration urbaine. L’arrivée de nouveaux habitant va il faire perdre leur place aux anciens, plus vraiment dans le ton du « nouveau quartier » ? De leur côté, les nouveaux venus ont aussi quelques craintes étant donné le classement en Z.E.P de la Duchère.

La mémoire gardienne de l’identité devient le socle d’une nouvelle image.

Il y a donc à la fois un besoin de communication pour rassurer les duchèrois et de médiation pour faciliter l’intégration des nouveaux habitants. Offrir un webdocu à la Duchère, c’est inscrire l’histoire du quartier dans les mémoires. C’est montrer que l’on essaie pas de nier son passé et par la même celui des duchèrois, mais que l’on se sert de la mémoire pour construire les bases de la nouvelle Duchère.

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Une frise chronologique et une galerie de portrait : l’adéquation du fond avec la forme.

Le thème de la mémoire est repris dans la forme du webdocu qui propose des images d’archives. Sa structure narrative est présentée selon deux axes linéaires et parallèles : l’un chronologique, l’autre composé de portraits d’habitants. L’internaute peut donc choisir d’emprunter l’un de ces modes de navigation tout en restant libre de passer d’un axe à l’autre en sélectionnant les points d’arrimage qui l’intéressent.

Cette structure a l’avantage de ne pas provoquer de sentiment de confusion, les axes restant visibles même lorsque l’on regarde les vidéos, les photos ou les textes. La charte graphique et les légendes des points d’arrimages sur les axes permettent d’identifier rapidement les types d’informations proposées, ce qui facilite les choix de navigation.

À l’arrivée, la forme de DUCHORAMAS est un bon compromis entre interactivité et stabilité des repères. Elle est adapté au publique cible du webdocu, en l’occurrence les duchèrois et les Lyonnais.

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THE WOMPS, une équipe investie au service d’une communauté.

L’équipe de THE Way Of Mixing Pictures & Sounds a réalisé un travail de médiation sociale remarquable. Elle a traité le sujet selon des angles variés, de l’histoire du quartier au point de vue des habitants, en passant par les dimensions politiques et sociales. Mais elle est allée plus loin en menant tout un travail d’écoute, de communication, de mise en relation des habitants, qui ont pu débattre et échanger, entre eux et avec l’équipe. Il y a là une vraie prise en compte du regard des protagonistes du webdocu. Le communiqué du projet DUCHORAMAS est assez explicite quand à l’objectif de médiation sociale :

« Accompagner le projet de mixité sociale et culturelle en proposant aux habitants et futurs habitants du quartier des temps de rencontre autour de la diffusion des documentaires photographiques et sonores, support à échange et discussion entre ces personnes. Ces moments constituent ainsi des événements fédérateurs. »

DUCHORAMAS a aussi été relayé sur le média Le Progrès et présenté aux bloggeurs du Lyon Bondy Blog. L’échange social a donc pu avoir lieu en ligne et sur le terrain, dans le quartier de la Duchère, pour permettre aux habitants de vivre le projet.  On a donc une complémentarité, produire online pour agir offline.

Donner du sens, partager des émotions, réfléchir aux effets de l’urbanisme sur les hommes.

Au début de chaque chronique apparaissent la définition de mots en relation avec les thèmes : habiter, exil, primo accédant, rester, etc. Une manière de remettre du sens et de provoquer la réflexion. Ce cheminement se dévoile à travers les mots des habitants. Les chroniques permettent la libération de la parole, l’expression des doutes, des regrets et des espoirs. Dès le début du film, alors que les barres sont dynamitées sous les yeux des duchèrois, on peut sentir ce mélange de joie et de mélancolie dans les clameurs de femmes aux voix tremblantes d’émotion.

L’humain toujours, tient une place prépondérante dans le webdocumentaire. C’est sans doute pour cela que DUCHORAMAS a su nous émouvoir, grâce au travail de son équipe qui réalise ici un excellent photo-documentaire, décliné en livre et DVD, exposition photo et projection cinéma.


Peines d’enfants: Offrir un espace de liberté aux mineurs incarcérés du Rhône.

Après les centres renforcés, après les centres éducatifs fermés, la loi Perben de 2002 créait les E.P.M, établissements pénitentiaires pour mineurs de 13 à 18 ans. Les mineurs étaient auparavant incarcérés dans les centres pénitentiaires pour adultes. Décision fut prise de les placer dans des structures mieux adaptées afin qu’ils ne côtoient pas de détenus adultes. Cette mesure, vivement critiquée par l’opposition est aujourd’hui encore pointée du doigt par les associations. En ligne de mire, le manque de formation des éducateurs, la conception incohérente des locaux par rapport aux normes de sécurité, mais aussi la démarche.

Entre école et prison, des adolescents sans repères qui ne comprennent pas où ils sont.

L’idée d’allier prison et enseignement se voulait pédagogique. L’un des objectifs était de permettre aux jeunes de renouer avec une scolarité épanouissante, afin de leur offrir d’autres possibles, et leur permettre de se projeter dans l’avenir. Pourtant, il semble que ce concept ne fasse pas recette comme l’expliquait Hélène Renaudin, anciennement présidente de l’Union des Jeunes Avocats de Lyon :

Ils ne savent pas où ils sont : une école, un centre éducatif renforcé ou fermé, avec des règles applicables au milieu carcéral classique. Ceci génère une augmentation préoccupante du nombre de procédures disciplinaires pour des faits qui, en quartier mineurs classique, ne font pas toujours l’objet de poursuites. S’ensuivent des sanctions parfois très lourdes qui ne dissuadent pas les mineurs, bien au contraire. Alors c’est l’escalade… Cette confusion des genres provoque anxiété chez ces mineurs complètement déphasés et les conséquences peuvent conduire au pire.

Si le taux d’adolescents qui décrochent un diplôme au cours de leur séjour en E.P.M est élevé, les cas de violences le sont également. Certaines voix s’élèvent pour réclamer plus de fermeté envers « les délinquants » mais omettent curieusement d’évoquer les 72 tentatives de suicide sur 160 jeunes incarcérés mentionnées par la F.S.U (Fédération Syndicale Unitaire).

Vivre sa peine malgré tout.

Que l’on soit favorable ou non à ces structures, elles existent pour le moment. Il est donc dans l’intérêt des éducateurs et des pensionnaires aux prises avec cette réalité que le quotidien soit plus vivable. Dans ce contexte difficile, la société de production PETIT HOMME, en collaboration avec l’E.P.M du Rhône a mis en place des ateliers qui permettent à chaque adolescent de créer une P.O.M (voir l’article sur la définition du webdocu). L’ensemble de ces créations servira de base à l’élaboration du webdocu « PEINES D’ENFANT ».

On ne peut que saluer cette initiative qui, au delà de l’expression qu’elle rend possible, offre un espace de liberté aux adolescents. Certes, des activités leurs sont proposées dans le centre de rétention toutefois, mener à bien ce projet créatif leur permettra peut être d’échapper à leur rôle d’enfant à problèmes et de prendre conscience de leur potentiel créatif. Peines d’enfant n’est donc pas seulement un webdocu. On imagine que les échanges entre les jeunes et l’équipe de PETIT HOMME ont dû être riche d’enseignements et certainement chargés d’émotion.

Cela nous rappelle que les relations humaines tiennent une place centrale dans la réalisation des documentaires. Le webdocu favorise certainement ces échanges grâce à l’interactivité qu’il autorise. Cependant, les auteurs partageront toujours le travail d’observation pour définir qui seront les personnages de leur documentaire. De la même manière, les rencontres, les interviews nécessitent une curiosité et un intérêt pour les individus et pour ce qui les rend unique. Chaque projet devient alors une aventure humaine, particulièrement pour lorsqu’il s’agit de réaliser une série de portraits. Je vous invite d’ailleurs à découvrir les autres productions de PETIT HOMME qui tournent souvent autour des thèmes de la mémoire et du lien social.


Le webdocu qui s’attaque au monde feutré des lobbyistes.

Alors que les lobbys sont une véritable institution aux États Unis, ils restent plus discrets au coeur de la vie politique européenne. Qu’on ne laisse pas abuser, si les cabinets d’influence et les lobbyistes d’entreprises ou d’associations ne s’exposent  pas directement, ils n’en sont pas moins profondément implantés à Bruxelles, centre névralgique du système parlementaire européen.

MATTHIEU LIETAERT est docteur en sciences politiques. Il a créé The Brussels Business avec FRIEDRICH MOSER. Ce documentaire a été coproduit avec ARTE, RTBF et ORF.

Matthieu Lietaert, co-créateur de The Brussels Buisness est aussi l’auteur du livre « Web Documentaires, guide de survie et conseils pratiques ». Retrouver son interview sur le blog documentaire.

Retrouver le documentaire complet :

http://www.dailymotion.com/video/xv74c4_the-brussels-business-docu_news#.UN7p-bZr0Xw

En France, on se méfie du lobbyisme

En France, le lobbying reste un milieu confidentiel qui souffre d’une image péjorative. Rappelons que cette activité consiste à défendre les intérêts d’un groupe auprès des décideurs politiques. Cela reviendrait alors à défendre l’intérêt de particuliers auprès de ceux qui sont chargés de défendre l’intérêt général. Dans son rapport de 2008 sur le lobbying pour la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Jean-Paul Charié dénonçait  déjà cette conception du métier. Il pointait notamment les dérives possibles :

«Le lobbying, ce n’est pas agir pour garantir ou obtenir une part de marché ou unecommandePour de très nombreuses entreprises travaillant avec des collectivités, des administrations ou des ministères, comment ne pas croiser les missions du lobbyiste avec celles du commercial ? Ainsi, le lobbyiste est ainsi parfois rattaché à la direction commerciale de l’entreprise. Le lobbyiste devrait être rattache au Président, au secrétaire général, au directeur juridique, au directeur stratégique…, mais pas au commercial. ».

Le « vrai » lobbyisme serait d’utilité publique selon le député J.P Charié. En « mettant en valeur des aspects et intérêts particuliers », il éviterait de voter des lois inapplicables ou contreproductives, qui plomberaient les activités économiques des entreprises françaises, et du même coup l’équilibre du pays.

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Le lobbying : l’outil de la démocratie ?

 Le lobbying serait un outil pour la démocratie car, comment imposer des lois sans tenir compte de la réalité du terrain et des contraintes des acteurs ? Il faut être bien informé sur la situation avant légiférer, mais les parlementaires qui votent les lois ne peuvent êtres érudits dans tous les domaines. Il faut donc leur permettre d’être informés, certains diront d’être “conseillé” par des interlocuteurs compétents en la matière. C’est pourquoi les lobbyistes résument souvent leur compétence comme la propension à savoir délivrer à la bonne personne (le décideur dont les actions auront le plus d’impact par rapport à la sphère d’activité visée) la bonne information au bon moment.

Le manque de temps ne facilite pas l’exercice de la démocratie. D’autant plus que la loi française permet aux parlementaires de cumuler un autre mandat. Un député européen peut par exemple conserver sa fonction de conseiller régional. Dans ces conditions, recevoir des propositions de texte de loi “revues et corrigées” par un “conseillé” est appréciable. Pour être en mesure d’accomplir de telles actions, il faut évidement réussir à approcher les parlementaires et leurs collaborateurs. Des  conglomérat ou une associations peuvent être formés entre entreprises partageant des intérêts communs. Il sera alors plus facile de peser auprès des décideurs. Il faut donc savoir créer et entretenir et tirer profit de relations.

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Tu seras lobbyiste mon fils

Le lobbyiste doit être extrêmement réactif, bien informé cela va de soit et surtout disposer d’un cercle de relations fourni. Il existe aujourd’hui des formations qui préparent à l’exercice de ce métier… d’aucun diront que ce qui prévaut reste le carnet d’adresse. Il est également nécessaire, bien souvent d’être spécialiste dans un domaine particulier, cela permet de gagner en crédibilité. Être docteur en physique nucléaire donnera certainement plus de poids aux arguments d’un lobbyiste défendant les intérêts d’un groupe comme Areva.

Avancer à couvert

Les  dossiers traités par les lobbyistes sont souvent sensibles, ce qui ne favorise pas la transparence. Les enjeux économiques, les questions d’image de marque mais aussi la mauvaise réputation dont pâti le milieu en France maintiennent une certaine opacité.

La tendance commence à s’inverser, timidement. Le rapport Charié avait abouti à la création d’une charte éthique et d’un registre des lobbyistes, mais l’adhésion n’était pas obligatoire.

On imagine que certains préfèrent ne pas divulguer le nom de l’organisation pour laquelle ils oeuvrent. Les décideurs politiques réussissent ils toujours à identifier clairement les objectifs des nombreux intervenants qui tentent de les approcher ? Cela paraît difficile tant la nébuleuse de relations qui se tissent est complexe. En définitive, il devient très compliqué d’encadrer l’exercice de cette activité si l’on n’est pas en mesure d’identifier les influenceurs et les conflits d’intérêts auxquels ils pourraient être confrontés.

Quand les citoyens s’en mêlent : watchdog et exploitation de datas 

L’association Transparence International France s’étonnait en décembre 2011 que seulement 144 lobbyistes soient inscrit sur le registre de l’Assemblée nationale. Elle a créé avec Regards Citoyens .org un outil collaboratif pour établir une base de donnée et  répertorier les lobbyistes de l’Assemblée

Le but est aussi de définir pour qui chacun travaille. Cette veille faciliterait la surveillance des procédés utilisés par les acteurs économiques pour faire valoir leurs intérêts. Une telle initiative montre bien la perte de confiance des citoyens dans les institutions politiques, mais prouve aussi leur volonté de s’impliquer pour agir. Alors, le lobbyisme d’utilité publique, c’est pour demain?


Collaboratives Cities, le Webdoc participatif qui nous tient en haleine.

 

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Réalisé par Maxime Leroy, soutenu par Ouishare et Co-produit par faberNovel.

Couch-surfing, carsharing, coworking, crowdfunding quésaco?

Ce sont les applications pratiques d’un nouveau modèle : l’économie collaborative. Le principe est d’échanger, de s’organiser, de travailler ensemble pour tirer partie d’une ressource essentielle “l’intelligence collective”.

Concrètement, ça donne des individus qui s’organisent pour dormir chez l’habitant lors d’un voyage à l’étranger, faire du co-voiturage, partager des repas. Jusqu’ici, l’idée est plutôt séduisante. Elle permet de faire des économies, tout en évoluant au sein d’un réseau, d’une communauté telle Ouishare, régie par les principes d’entraide de partage au service de l’action.

Aujourd’hui cela va plus loin, puisque ce système est appliqué à la finance, la production, la culture et l’éducation.

KissKissBangBang est une plateforme qui permet à tout créatif ayant un projet innovant de le présenter aux internautes qui pourront le financer si ils le plébiscitent. Une date limite pour la collecte est fixée. Le coût de chaque projet est estimé, et l’internaute peut suivre en temps réel la progression de la collecte. Un grand nombre de webdocu sont financés de cette manière, c’est d’ailleurs le cas de Collaboratives cities.

L’intelligence collaborative est présente jusque dans les milieux professionnels les plus dynamiques. L’agence de communication digitale 50A organise ainsi des séances de coworking dans le sud de la France. Elle acceuille égalements des start-up dans ses bureaux parisiens, rue de l’échiquier.

Régulièrement,elle met en place des barcamp, ces ateliers participatifs ouverts, où chacun apporte ses idées qui seront présentée au groupe, débattues, mises en relation. Cette synergie faire émerger des projets innovants et autorise de belles rencontres. Sortir d’un cadre de travail conventionnel afin que la créativité de chacun puisse mieux s’exprimer, la recette réussit à 50A qui définit l’intelligence collective: “parvenir ensemble à être plus performants”.

Aller à la rencontre d’une communauté active et internationale.

On l’aura compris, Collaboratives cities veut nous faire découvrir les activités des communauté Ouishare présentes à Paris, NewYork, Londres, Barcelone, Rome, Copenhague etc. Maxime Leroy, l’auteur du webdocu utilisera les services de l’économie participative tout au long de la réalisation, une manière de nous montrer concrètement que le système fonctionne et de nous inviter à entrer à notre tour dans la communauté! Nous pourrons suivre Maxime qui interviewera des entrepreneurs, des créateurs de start-up, utilisateurs ou experts de l’économie collaborative. Ce webdoc a été pensé pour offrir un bon niveau d’interactivité, c’est pourquoi les vidéos des interviews seront mises en ligne progressivement. Il sera possible à l’internaute de rentrer en contact avec les acteurs interviewés dans le webdoc, on salue cette initiative qui démontre la cohérence du projet sur le fond et sur la forme.

A l’heure où les réseaux sociaux sont incontournables, ce nouveau type d’économie paraît plus que jamais pertinent, au regard de la crise et du besoin prégnant de trouver des modèles durables. Il permet de créer du lien social puisqu’il s’agit d’utiliser les réseaux pour agir concrètement dans la vie réelle et permettre aux individus de créer, d’entreprendre ensemble. Quelle meilleure base pour développer les liens entre individus que de permettre?

Collaboratives cities est un projet de webdocu participatif actuellement en cours de réalisation. Il est prévu qu’il comporte plusieurs volets. Vous pouvez retrouver l’interview de Maxime Leroy sur le blog consommation collaborative.

http://consocollaborative.com/2539-collaborative-cities-le-webdocumentaire-dedie-a-leconomie-collaborative.html

 

 


Qu’est ce que le webdocumentaire?

J’emploie le terme « webdocu » car il me semble mieux approprié. Parler de »webdoc » risquerait de porter à confusion avec les documents web. Par ailleurs, il n’existe pas de modèle stabilisé de webdocu, aussi la présente tentative de définition ne prétend ni à la perfection, ni à l’exhaustivité.

Le genre documentaire

Le documentaire était jusqu’ici un genre cinématographique, télévisuel et plus rarement radiophonique. Il se distingue parfois difficilement du reportage qui “rapporte les faits” et se penche plus particulièrement sur leurs conséquences. En comparaison, le documentaire présentera les conséquences mais analysera surtout aux causes qui ont entraîné une situation, un problème particulier. L’objectif est idéalement de décortiquer, de démêler les relations et les liens complexes qui créent la problématique.

S’il traite du réel, le documentaire peut également “recouper certaines caractéristiques de la fiction, notamment via la reconstitution comme le docufiction ou à travers la réflexion en amont sur le sujet, qui peut donner lieu à un scénario plus ou moins élaboré.”[i], comme le rappelle Wikipédia.

Le sujet du documentaire n’est pas nécessairement en lien avec l’actualité, il s’agit généralement d’une problématique de fond. Afin de clore cette parenthèse sémantique, je reprends ici les propos à débattre d’une internaute sur l’excellent site WEBDOCU.fr[ii] : “Un documentaire est un film réalisé par un artiste-auteur. Un reportage est réalisé par des personnes salariées d’un média.”

Des appellations multiples

Il n’est pas facile de définir ce genre et la confusion s’installe dès le départ car on rencontre plusieurs termes pour le désigner. On parlera ainsi de webdoc, webdocu, narration interactive, récit interactif, récit multimédia, documentaire multimédia etc. Cette constatation révèle une réalité: ce genre, même s’il se stabilise n’a pas fini d’évoluer. Ce flou sémantique s’explique aussi par la difficulté qu’éprouve le spectateur à cerner ce nouveau format qui lui est encore étranger.

 Dans la jungle des nouveaux formats

Le webdocumentaire est loin d’être le seul nouveau genre apparu ces dernières années. On recense ainsi tout un florilège de dénominations: webreportages, portfolios sonores ou POM (Petite Oeuvre Multimédia/Petit Objet Multimédia), vidéographies, documents multimédias, web feuilletons, carte interactive.

 

UMUMALAYIKA  est une POM  produite par Hans Lucas pour le festival de Lucca en Italie et pour le GRIN, d’après le travail photographique de Martina Bacigalupo gagnante du Premio Ponchielli 2009. Réalisation image d’Antoine Ferrando et sonore d’Alice Guerlot-Kourouklis.

Antonyme de la pudeur est une vidéographie réalisée par Antoine Ferrando et Ulrich Lebeuf d’après une série d’Ulrich Lebeuf – Production par De Rolax.

 

À cela viennent s’ajouter les nouvelles productions qui entrent dans les stratégies de communication des marques telles les webséries, les webprogrammes les films publicitaires empruntant l’esthétique et les thématiques du documentaire. La visée est alors différente. Il ne s’agit plus vraiment de produire une analyse qui permettra aux citoyens que nous sommes de se forger un avis, relativement à un thème spécifique. L’objectif devient la valorisation de la marque à travers la diffusion d’un contenu “de qualité” variable.

On se gardera toutefois d’établir trop vite une classification tranchée, en témoigne le débat entre certains communiquants et journalistes vis à vis de l’appellation “webdocumentaire”. Ce sujet sera d’ailleurs traité dans un autre article. À signaler que les associations, les collectivités, les ONG, les ministères et même le Vatican utilisent le Webdocu pour communiquer.

L’interactivité pour offrir une nouvelle place au spectateur

On aura compris que le webdocumentaire s’attache à analyser une problématique et tend à proposer un contenu qualitatif. Le web, en autorisant une certaine interactivité, a fait évoluer le documentaire. On pourrait affirmer qu’il l’a libéré du formatage imposé par les médias traditionnels. Il permet désormais de réaliser des oeuvres plus longues, aux parcours narratifs délinéarisés, c’est à dire que l’on est plus contraint de suivre le récit selon un modèle unique. Plusieurs chemins narratifs s’offrent au spectateur qui devra choisir son parcours et ainsi “construire” l’histoire. C’est notamment pour cela que l‘on parle d’interactivité. L’internaute est également invité à choisir de cliquer ou non, sur des informations complémentaires savamment disséminées dans le parcours du webdocu.

L’interactivité de ce format, c’est aussi rendre possible une relation nouvelle avec le spectateur. Il peut ainsi commenter le wedboc, soit directement sur celui-ci, soit sur une page facebook, twitter, un blog ou une plateforme qui y sera consacrée. Il devient possible de poser des questions aux auteurs et même de chater en direct avec eux, ce qui révolutionne la relation spectateur/auteur.

Le format webdocu est résolument innovant cependant, la question du financement de ces projets viens tout de même limiter les possibles, puisque ce nouveau genre cherche encore son modèle économique.

La forme et le fond

Il n’existe pas de forme conventionnelle de webdocu, cette pluralité est déconcertante mais c’est aussi ce qui fait le plaisir du spectateur qui aura la “surprise” de découvrir et d’explorer l’oeuvre. Celle-ci pourra par exemple être composée de photographies défilant sur une création sonore, accompagnées de textes, de cartes interactives. Elle pourra plus classiquement proposer une vidéo. Dans la majorité des cas, elle consistera en une plateforme proposant divers éléments Richmédia. Le système de navigation caractérise bien souvent le webdocu, mais encore une fois, il n’y a pas de règle absolue en la matière. Certains auteurs choisissent de réaliser un récit linéaire, même si la tendance est plutôt à la délinéarisation.

Reste que si les auteurs innovent de par la forme, ils s’interrogent aussi sur la pertinence du système interactif en fonction du sujet de leur webdocu et du public cible. Le Graal n’est pas l’interactivité à tout prix, mais bien la pertinence de la forme, relativement au fond. L’optique reste donc inchangée par rapport à l’idéal du documentaire traditionnel: le fond doit servir la forme.