Le webdocu qui s’attaque au monde feutré des lobbyistes.

Alors que les lobbys sont une véritable institution aux États Unis, ils restent plus discrets au coeur de la vie politique européenne. Qu’on ne laisse pas abuser, si les cabinets d’influence et les lobbyistes d’entreprises ou d’associations ne s’exposent  pas directement, ils n’en sont pas moins profondément implantés à Bruxelles, centre névralgique du système parlementaire européen.

MATTHIEU LIETAERT est docteur en sciences politiques. Il a créé The Brussels Business avec FRIEDRICH MOSER. Ce documentaire a été coproduit avec ARTE, RTBF et ORF.

Matthieu Lietaert, co-créateur de The Brussels Buisness est aussi l’auteur du livre « Web Documentaires, guide de survie et conseils pratiques ». Retrouver son interview sur le blog documentaire.

Retrouver le documentaire complet :

http://www.dailymotion.com/video/xv74c4_the-brussels-business-docu_news#.UN7p-bZr0Xw

En France, on se méfie du lobbyisme

En France, le lobbying reste un milieu confidentiel qui souffre d’une image péjorative. Rappelons que cette activité consiste à défendre les intérêts d’un groupe auprès des décideurs politiques. Cela reviendrait alors à défendre l’intérêt de particuliers auprès de ceux qui sont chargés de défendre l’intérêt général. Dans son rapport de 2008 sur le lobbying pour la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Jean-Paul Charié dénonçait  déjà cette conception du métier. Il pointait notamment les dérives possibles :

«Le lobbying, ce n’est pas agir pour garantir ou obtenir une part de marché ou unecommandePour de très nombreuses entreprises travaillant avec des collectivités, des administrations ou des ministères, comment ne pas croiser les missions du lobbyiste avec celles du commercial ? Ainsi, le lobbyiste est ainsi parfois rattaché à la direction commerciale de l’entreprise. Le lobbyiste devrait être rattache au Président, au secrétaire général, au directeur juridique, au directeur stratégique…, mais pas au commercial. ».

Le « vrai » lobbyisme serait d’utilité publique selon le député J.P Charié. En « mettant en valeur des aspects et intérêts particuliers », il éviterait de voter des lois inapplicables ou contreproductives, qui plomberaient les activités économiques des entreprises françaises, et du même coup l’équilibre du pays.

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Le lobbying : l’outil de la démocratie ?

 Le lobbying serait un outil pour la démocratie car, comment imposer des lois sans tenir compte de la réalité du terrain et des contraintes des acteurs ? Il faut être bien informé sur la situation avant légiférer, mais les parlementaires qui votent les lois ne peuvent êtres érudits dans tous les domaines. Il faut donc leur permettre d’être informés, certains diront d’être “conseillé” par des interlocuteurs compétents en la matière. C’est pourquoi les lobbyistes résument souvent leur compétence comme la propension à savoir délivrer à la bonne personne (le décideur dont les actions auront le plus d’impact par rapport à la sphère d’activité visée) la bonne information au bon moment.

Le manque de temps ne facilite pas l’exercice de la démocratie. D’autant plus que la loi française permet aux parlementaires de cumuler un autre mandat. Un député européen peut par exemple conserver sa fonction de conseiller régional. Dans ces conditions, recevoir des propositions de texte de loi “revues et corrigées” par un “conseillé” est appréciable. Pour être en mesure d’accomplir de telles actions, il faut évidement réussir à approcher les parlementaires et leurs collaborateurs. Des  conglomérat ou une associations peuvent être formés entre entreprises partageant des intérêts communs. Il sera alors plus facile de peser auprès des décideurs. Il faut donc savoir créer et entretenir et tirer profit de relations.

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Tu seras lobbyiste mon fils

Le lobbyiste doit être extrêmement réactif, bien informé cela va de soit et surtout disposer d’un cercle de relations fourni. Il existe aujourd’hui des formations qui préparent à l’exercice de ce métier… d’aucun diront que ce qui prévaut reste le carnet d’adresse. Il est également nécessaire, bien souvent d’être spécialiste dans un domaine particulier, cela permet de gagner en crédibilité. Être docteur en physique nucléaire donnera certainement plus de poids aux arguments d’un lobbyiste défendant les intérêts d’un groupe comme Areva.

Avancer à couvert

Les  dossiers traités par les lobbyistes sont souvent sensibles, ce qui ne favorise pas la transparence. Les enjeux économiques, les questions d’image de marque mais aussi la mauvaise réputation dont pâti le milieu en France maintiennent une certaine opacité.

La tendance commence à s’inverser, timidement. Le rapport Charié avait abouti à la création d’une charte éthique et d’un registre des lobbyistes, mais l’adhésion n’était pas obligatoire.

On imagine que certains préfèrent ne pas divulguer le nom de l’organisation pour laquelle ils oeuvrent. Les décideurs politiques réussissent ils toujours à identifier clairement les objectifs des nombreux intervenants qui tentent de les approcher ? Cela paraît difficile tant la nébuleuse de relations qui se tissent est complexe. En définitive, il devient très compliqué d’encadrer l’exercice de cette activité si l’on n’est pas en mesure d’identifier les influenceurs et les conflits d’intérêts auxquels ils pourraient être confrontés.

Quand les citoyens s’en mêlent : watchdog et exploitation de datas 

L’association Transparence International France s’étonnait en décembre 2011 que seulement 144 lobbyistes soient inscrit sur le registre de l’Assemblée nationale. Elle a créé avec Regards Citoyens .org un outil collaboratif pour établir une base de donnée et  répertorier les lobbyistes de l’Assemblée

Le but est aussi de définir pour qui chacun travaille. Cette veille faciliterait la surveillance des procédés utilisés par les acteurs économiques pour faire valoir leurs intérêts. Une telle initiative montre bien la perte de confiance des citoyens dans les institutions politiques, mais prouve aussi leur volonté de s’impliquer pour agir. Alors, le lobbyisme d’utilité publique, c’est pour demain?

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Collaboratives Cities, le Webdoc participatif qui nous tient en haleine.

 

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Réalisé par Maxime Leroy, soutenu par Ouishare et Co-produit par faberNovel.

Couch-surfing, carsharing, coworking, crowdfunding quésaco?

Ce sont les applications pratiques d’un nouveau modèle : l’économie collaborative. Le principe est d’échanger, de s’organiser, de travailler ensemble pour tirer partie d’une ressource essentielle “l’intelligence collective”.

Concrètement, ça donne des individus qui s’organisent pour dormir chez l’habitant lors d’un voyage à l’étranger, faire du co-voiturage, partager des repas. Jusqu’ici, l’idée est plutôt séduisante. Elle permet de faire des économies, tout en évoluant au sein d’un réseau, d’une communauté telle Ouishare, régie par les principes d’entraide de partage au service de l’action.

Aujourd’hui cela va plus loin, puisque ce système est appliqué à la finance, la production, la culture et l’éducation.

KissKissBangBang est une plateforme qui permet à tout créatif ayant un projet innovant de le présenter aux internautes qui pourront le financer si ils le plébiscitent. Une date limite pour la collecte est fixée. Le coût de chaque projet est estimé, et l’internaute peut suivre en temps réel la progression de la collecte. Un grand nombre de webdocu sont financés de cette manière, c’est d’ailleurs le cas de Collaboratives cities.

L’intelligence collaborative est présente jusque dans les milieux professionnels les plus dynamiques. L’agence de communication digitale 50A organise ainsi des séances de coworking dans le sud de la France. Elle acceuille égalements des start-up dans ses bureaux parisiens, rue de l’échiquier.

Régulièrement,elle met en place des barcamp, ces ateliers participatifs ouverts, où chacun apporte ses idées qui seront présentée au groupe, débattues, mises en relation. Cette synergie faire émerger des projets innovants et autorise de belles rencontres. Sortir d’un cadre de travail conventionnel afin que la créativité de chacun puisse mieux s’exprimer, la recette réussit à 50A qui définit l’intelligence collective: “parvenir ensemble à être plus performants”.

Aller à la rencontre d’une communauté active et internationale.

On l’aura compris, Collaboratives cities veut nous faire découvrir les activités des communauté Ouishare présentes à Paris, NewYork, Londres, Barcelone, Rome, Copenhague etc. Maxime Leroy, l’auteur du webdocu utilisera les services de l’économie participative tout au long de la réalisation, une manière de nous montrer concrètement que le système fonctionne et de nous inviter à entrer à notre tour dans la communauté! Nous pourrons suivre Maxime qui interviewera des entrepreneurs, des créateurs de start-up, utilisateurs ou experts de l’économie collaborative. Ce webdoc a été pensé pour offrir un bon niveau d’interactivité, c’est pourquoi les vidéos des interviews seront mises en ligne progressivement. Il sera possible à l’internaute de rentrer en contact avec les acteurs interviewés dans le webdoc, on salue cette initiative qui démontre la cohérence du projet sur le fond et sur la forme.

A l’heure où les réseaux sociaux sont incontournables, ce nouveau type d’économie paraît plus que jamais pertinent, au regard de la crise et du besoin prégnant de trouver des modèles durables. Il permet de créer du lien social puisqu’il s’agit d’utiliser les réseaux pour agir concrètement dans la vie réelle et permettre aux individus de créer, d’entreprendre ensemble. Quelle meilleure base pour développer les liens entre individus que de permettre?

Collaboratives cities est un projet de webdocu participatif actuellement en cours de réalisation. Il est prévu qu’il comporte plusieurs volets. Vous pouvez retrouver l’interview de Maxime Leroy sur le blog consommation collaborative.

http://consocollaborative.com/2539-collaborative-cities-le-webdocumentaire-dedie-a-leconomie-collaborative.html

 

 


Qu’est ce que le webdocumentaire?

J’emploie le terme « webdocu » car il me semble mieux approprié. Parler de »webdoc » risquerait de porter à confusion avec les documents web. Par ailleurs, il n’existe pas de modèle stabilisé de webdocu, aussi la présente tentative de définition ne prétend ni à la perfection, ni à l’exhaustivité.

Le genre documentaire

Le documentaire était jusqu’ici un genre cinématographique, télévisuel et plus rarement radiophonique. Il se distingue parfois difficilement du reportage qui “rapporte les faits” et se penche plus particulièrement sur leurs conséquences. En comparaison, le documentaire présentera les conséquences mais analysera surtout aux causes qui ont entraîné une situation, un problème particulier. L’objectif est idéalement de décortiquer, de démêler les relations et les liens complexes qui créent la problématique.

S’il traite du réel, le documentaire peut également “recouper certaines caractéristiques de la fiction, notamment via la reconstitution comme le docufiction ou à travers la réflexion en amont sur le sujet, qui peut donner lieu à un scénario plus ou moins élaboré.”[i], comme le rappelle Wikipédia.

Le sujet du documentaire n’est pas nécessairement en lien avec l’actualité, il s’agit généralement d’une problématique de fond. Afin de clore cette parenthèse sémantique, je reprends ici les propos à débattre d’une internaute sur l’excellent site WEBDOCU.fr[ii] : “Un documentaire est un film réalisé par un artiste-auteur. Un reportage est réalisé par des personnes salariées d’un média.”

Des appellations multiples

Il n’est pas facile de définir ce genre et la confusion s’installe dès le départ car on rencontre plusieurs termes pour le désigner. On parlera ainsi de webdoc, webdocu, narration interactive, récit interactif, récit multimédia, documentaire multimédia etc. Cette constatation révèle une réalité: ce genre, même s’il se stabilise n’a pas fini d’évoluer. Ce flou sémantique s’explique aussi par la difficulté qu’éprouve le spectateur à cerner ce nouveau format qui lui est encore étranger.

 Dans la jungle des nouveaux formats

Le webdocumentaire est loin d’être le seul nouveau genre apparu ces dernières années. On recense ainsi tout un florilège de dénominations: webreportages, portfolios sonores ou POM (Petite Oeuvre Multimédia/Petit Objet Multimédia), vidéographies, documents multimédias, web feuilletons, carte interactive.

 

UMUMALAYIKA  est une POM  produite par Hans Lucas pour le festival de Lucca en Italie et pour le GRIN, d’après le travail photographique de Martina Bacigalupo gagnante du Premio Ponchielli 2009. Réalisation image d’Antoine Ferrando et sonore d’Alice Guerlot-Kourouklis.

Antonyme de la pudeur est une vidéographie réalisée par Antoine Ferrando et Ulrich Lebeuf d’après une série d’Ulrich Lebeuf – Production par De Rolax.

 

À cela viennent s’ajouter les nouvelles productions qui entrent dans les stratégies de communication des marques telles les webséries, les webprogrammes les films publicitaires empruntant l’esthétique et les thématiques du documentaire. La visée est alors différente. Il ne s’agit plus vraiment de produire une analyse qui permettra aux citoyens que nous sommes de se forger un avis, relativement à un thème spécifique. L’objectif devient la valorisation de la marque à travers la diffusion d’un contenu “de qualité” variable.

On se gardera toutefois d’établir trop vite une classification tranchée, en témoigne le débat entre certains communiquants et journalistes vis à vis de l’appellation “webdocumentaire”. Ce sujet sera d’ailleurs traité dans un autre article. À signaler que les associations, les collectivités, les ONG, les ministères et même le Vatican utilisent le Webdocu pour communiquer.

L’interactivité pour offrir une nouvelle place au spectateur

On aura compris que le webdocumentaire s’attache à analyser une problématique et tend à proposer un contenu qualitatif. Le web, en autorisant une certaine interactivité, a fait évoluer le documentaire. On pourrait affirmer qu’il l’a libéré du formatage imposé par les médias traditionnels. Il permet désormais de réaliser des oeuvres plus longues, aux parcours narratifs délinéarisés, c’est à dire que l’on est plus contraint de suivre le récit selon un modèle unique. Plusieurs chemins narratifs s’offrent au spectateur qui devra choisir son parcours et ainsi “construire” l’histoire. C’est notamment pour cela que l‘on parle d’interactivité. L’internaute est également invité à choisir de cliquer ou non, sur des informations complémentaires savamment disséminées dans le parcours du webdocu.

L’interactivité de ce format, c’est aussi rendre possible une relation nouvelle avec le spectateur. Il peut ainsi commenter le wedboc, soit directement sur celui-ci, soit sur une page facebook, twitter, un blog ou une plateforme qui y sera consacrée. Il devient possible de poser des questions aux auteurs et même de chater en direct avec eux, ce qui révolutionne la relation spectateur/auteur.

Le format webdocu est résolument innovant cependant, la question du financement de ces projets viens tout de même limiter les possibles, puisque ce nouveau genre cherche encore son modèle économique.

La forme et le fond

Il n’existe pas de forme conventionnelle de webdocu, cette pluralité est déconcertante mais c’est aussi ce qui fait le plaisir du spectateur qui aura la “surprise” de découvrir et d’explorer l’oeuvre. Celle-ci pourra par exemple être composée de photographies défilant sur une création sonore, accompagnées de textes, de cartes interactives. Elle pourra plus classiquement proposer une vidéo. Dans la majorité des cas, elle consistera en une plateforme proposant divers éléments Richmédia. Le système de navigation caractérise bien souvent le webdocu, mais encore une fois, il n’y a pas de règle absolue en la matière. Certains auteurs choisissent de réaliser un récit linéaire, même si la tendance est plutôt à la délinéarisation.

Reste que si les auteurs innovent de par la forme, ils s’interrogent aussi sur la pertinence du système interactif en fonction du sujet de leur webdocu et du public cible. Le Graal n’est pas l’interactivité à tout prix, mais bien la pertinence de la forme, relativement au fond. L’optique reste donc inchangée par rapport à l’idéal du documentaire traditionnel: le fond doit servir la forme.

 


Pourquoi ce blog?

En bref, je tiens ce blog pour faire connaître le Webdocu. Parce qu’il nous permet de comprendre le monde qui nous entoure comme d’accéder à la culture, il mérite notre attention . À travers des créations émouvantes, poétiques et surprenantes, il  sensibilise à des problématiques que la TV n’accepterai pas toujours de diffuser. Consulter un Webdocu c’est donc aussi accéder à plus de diversité. Alors que nous avons l’habitude de zapper sur le web, la forme du Webdocu nous permet de le consulter par parties si on le souhaite, puis d’y revenir quand notre emploi du temps nous le permet. Cette souplesse est très agréable.

Je m’intéresse à ce format pour les possibles qu’il offre mais plus simplement parce que j’aime la narration, le récit. J’aime découvrir la vision d’un auteur, essayer de comprendre comment il a capturé le réel, comprendre qu’est ce qui l’a poussé à s’intéresser à son sujet. J’aime les récits de vie, la beauté de l’instant pris sur le vif, j’aime qu’un auteur me fasse redécouvrir une réalité que je croyais connaître. Il faut cesser de penser au documentaire comme à quelque chose d’ennuyeux ou d’intellectuel, et simplement se laisser porter par le récit.

Le webdocumentaire a émergé du Net il y a déjà plusieurs années, il reste pourtant méconnu du grand public. Ce nouveau format continue d’évoluer au rythme des créations des auteurs, ce qui complique toute tentative de définition.

Pour simplifier, on peut dire que la spécificité majeure du webdocu réside dans l’implication qu’il demande aux internautes, à travers la mise en place d’une interactivité plus ou moins intense. Il faut désormais nous accoutumer à cette nouvelle manière d’appréhender l’information.

Consulter un Webdocu, c’est redécouvrir le genre documentaire. Son interactivité permet à la fois d’expliquer des sujet complexes de manière pédagogique, de prolonger la réflexion et parfois d’agir sur le réel. J’espère donc à travers ce blog, attirer l’attention sur ce mode d’information gratuit, ludique et surtout pertinent par rapport à ce nouvel espace d’expression qu’est le Web.